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Pourquoi entendre « il faut accepter » est inacceptable quand on a un problème psy ?

23 novembre 2023
Tous publics

Mais enfin ça veut dire quoi accepter ?

Quand tu commences à t’intéresser à la santé mentale, ou que par la force des choses tu as affaire à la psychiatrie, tu commences à entendre des expressions qui auparavant te paraissaient anodines. Mais à présent, tu les entends d’une autre façon et cette façon de les entendre n’est absolument pas agréable. (Et ceci est un doux euphémisme !)

Je m’interroge beaucoup sur ces expressions qu’on balance à l’emporte-pièce, comme une énième injonction à tourner la page, à faire son deuil, à avancer. La litanie des « il faut » forme comme un long mantra que tout le monde se répète pour se rassurer, des mots peut-être magiques 🧙‍♂️ pour celui ou celle qui les prononce car ils font rempart à l’abysse que l’on ressent quand on ne sait pas quoi dire ni quoi faire. Devant quelqu’un qui souffre, le sentiment d’impuissance est tellement difficile à supporter qu’on veut FAIRE ou DIRE quelque chose, n’importe quoi qui peut nous extraire de ce sentiment paniquant : la détresse de l’autre nous semble insoluble et elle pourrait potentiellement nous entraîner dans sa chute.

Au mieux ces phrases, anodines semble-t-il, sont des banalités dans la bouche des soignants et des proches, au pire ces mots sont des épluche-patates particulièrement râpeux pour les cœurs des endeuillés, des burnoutés, des dépressifs ou de toutes les personnes souffrant d’une pathologie psy quelle qu’elle soit, transitoire ou chronique. Car oui, la litanie des injonctions commence bien souvent ses phrases par “il faut” et termine par un truc bateau à souhait et surtout impossible à mettre en place.

Il faut accepter.

Pourquoi “il faut accepter” est une phrase écorcheuse de cœurs à vifs ?

Penchons-nous sur la structure de la phrase et tentons de comprendre pourquoi ces mots ne vont pas ensemble et hérissent le poil de ceux qui les reçoivent.

Que veut dire accepter ?

C’est acquiescer à un choix. C’est dire oui à une des options qu’on nous propose. C’est accueillir avec une dose d’émotions agréables un chemin que nous choisissons. Quand on accepte quelque chose habituellement, on n’a pas besoin de se forcer, ou de se raisonner, ou même de se résigner ! Accepter c’est consentir. Et on sait bien depuis quelques années à quel point consentir ne peut se faire sans la violence, la menace, ou l’intimidation. Accepter repose sur un OUI franc et massif, sans ambiguïté. Accepter n’accepte aucune contrainte. Accepter est un mot libre et sans attache, merveilleux de liberté.

Car accepter, c’est faire un choix, c’est dire oui, c’est être dans l’ouverture. Et dans ces trois derniers termes, point de contrainte.

Et concernant “il faut” ?

Ces deux mots que sont « il faut » marquent l’obligation, on dirait qu’un joug se pose sur nos épaules et nous mène là où on doit être. Ils présupposent une notion de devoir. “Il faut” est une phrase pleine d’attentes, pleine de responsabilités, pleine du regard des autres, pleine enfin d’un cadre qu’il faut respecter, d’un moule qu’il faut épouser.

“Il faut accepter” est donc une phrase contradictoire et vaine. Ce qui fait sa douleur, c’est cette structure en deux parties antinomiques, qui provoque un sentiment pareil d’un point de vue linguistique au sentiment que l’on ressent quand on lit un bel oxymore : un soleil noir, un silence assourdissant ou une obscure clarté pour n’en citer que quelques uns célèbres. On sent qu’il y a un truc qui dérange, qui gratte, on chercher le sens. Mais ce qui est poétique dans ces écrits célèbres, généralement on a plus de mal à en voir la poésie quand il s’agit de notre vie.

Bien loin d’une description poétique, « il faut accepter » semble vouloir dire, dans cette construction : résigne-toi, c’est comme ça, pas le choix. Et bien loin d’aider quelqu’un à surmonter sa souffrance, dire ce genre de phrases et encore plus la recevoir aboutit à un sentiment de résignation.

Et ce mot est terrible, car il occulte toute la beauté du mot acceptation, il m’évoque irrémédiablement une tête baissée, marchant à petit pas sur le bas-côté de la vie, puisque de toute façons, “il n’y a rien à faire”.

Alors, quelles solutions s’offrent à nous ?

Quand la vie nous joue des tours, quand la maladie psychique s’invite, quand le deuil, le burn-out ou la vie s’effondre sous nos pas et qu’on se relève péniblement des décombres de nos combles écroulés sur nos épaules, nous dire qu’il faut accepter est un peu gonflé.

“Il faut accepter” est une phrase qui arrive souvent lorsque l’entourage ou la société pense que la date de l’événement traumatique est suffisamment lointaine. Il y a comme une date de péremption à notre souffrance : une fois qu’on a souffert suffisamment semble-t-il, il faut accepter et revenir parmi les vivants, ou parmi ceux qui ont mis un mouchoir sur leur souffrance et qui la laisse dans la sphère privée.

Dire “il faut accepter” sous-entend qu’on doit rentrer dans le rang. Et c’est insupportable à entendre. Il y a des phrases comme ça qu’on ne supporte plus d’entendre. Conclusion, dire à quelqu’un « il faut accepter » n’a jamais aidé personne. Et ça… il faut l’accepter ! Mais vraiment ! 😅

Elisabeth Kübler-Ross est une infirmière géniale car elle a théorisé les stades du deuil. Elle a énormément fait avancer la recherche et l’aide autour des endeuillés et pour cela rendons lui grâce 😊

Ses travaux sont très connus du grand public et c’est ce qui a été compris de son travail, parfois réducteur, qui laisse des traces. En effet, on entend souvent parler des différentes étapes du deuil vécues et décrites comme une linéarité. On pourrait alors penser que l’acceptation est le bout du chemin et que cette espèce de rédemption, d’état de béatitude attend chaque endeuillé, chaque personne malade ou souffrante.

C’est la même chose que pour le terme de guérison : on ne guérit pas de certaines choses qui se passent dans la vie. On peut potentiellement se rétablir, c’est à dire se remettre en route, retrouver un genre d’équilibre mais tout sera différent. Il y aura un “avant” et un “après”, et construire sa vie sur un potentiel retour en arrière, dans un état ou tout allait bien dans le meilleur des mondes, dans un passé idéalisé, est utopique et vain.

Alors que faire ?

Changer de vision : passer d’une ligne à un espace en 3D

Sortir du modèle de Kübler-Ross et utiliser le modèle ergothérapeutique Personne - Environnement - Occupation peut être un début de solution.

Ce modèle n’est pas linéaire, il présente trois espaces qui interagissent.

Il permet de penser que le rétablissement est un chemin qui nous fait faire des boucles et des détours, et même des aller-retours. Ce n’est pas un trait en deux dimensions, avec des étapes à franchir, mais un espace dans lequel on évolue, en 3D.

Cette image est encore plus parlante !

Je vais tenter une métaphore pour illustrer mon propos, tu me diras si tu la trouves tirée par les cheveux 😄

Imagine une fête foraine devant toi, tu iras peut-être dans le train fantôme : ouille, on y pleure… Ensuite tu sortiras et tu iras manger une bonne gaufre en riant, et tu reviendras au train fantôme, puis dans le palais des glaces, ou encore sur le grand huit émotionnel. Et tu n’est plus figé sur un chemin : tu es sur un espace de vie en trois dimensions : à gauche, à droite, en haut, en bas… selon les choix que tu feras, les aller-retours que tu prendras, les boucles et les détours t’emmènent dans un tourbillon de vie. Et à aucun moment il n’existe l’attraction “acceptation”. La vie c’est comme cette fête foraine : une succession de stands plus ou moins marrants, plus ou moins tristes, plus ou moins cools. Parfois, tu feras quinze fois le même manège, non pas parce que tu l’adores mais parce que ton chemin de vie se construit comme ça : répéter pour intégrer, puis parfois, des années après, encore y revenir. Tu auras aussi des périodes de chouchoux et gaufres à profusion, et, je te le souhaite, des moments où tu sortiras avec bonheur du palais des glace, où tout n’était qu’illusions. Donc oui, la vie est un espace, pas une ligne. Un espace dans lequel tu fais des choix, tu t’engages, tu vis. Parfois ça dépend de toi, parfois, c’est le manège qui t’embarque.

Refuser d’accepter cette phrase “il faut accepter”

Quand on te dit “il faut accepter”, peut-être que tu peux refuser. Je refuse d’attendre de cette phrase qu’elle me réduise à la résignation. Car si accepter est un choix conscient que l’on fait, faisons le choix aussi de NE PAS accepter ce qui nous contrarie, ce qui nous fait du mal et ce qui est inentendable. Dire haut et fort je ne peux pas accepter cette phrase car elle me rend malade c’est exprimer SA vérité.

Nuancer son regard sur l’acceptation

On ne peut pas demander aux personnes d’accepter l’inacceptable.

Par contre, on peut à mon sens accepter que parfois on ressentira de l’acceptation. Par exemple, au bout de quelques années se dire tout à coup, tiens ma vie aurait être tellement différente si cela n’était pas arrivé.

Si “accepter” la situation est un objectif que tu te donnes car tu sens confusément que c’est le chemin vers ton mieux-être, alors tu peux te demander si tu acceptes CERTAINES PARTIES de la situation. Cela apporte de la nuance.

Dans mon chemin de vie, tout a changé quand j’ai commencé à me dire « oui, j’accepte d’être dans la vie ».

Cette affirmation c’est moi qui l’ai choisie, elle avait du sens pour moi. Et c’était une véritable acceptation : un oui franc et massif.

Par contre, je refuse toujours autant l’Absence. Je ne peux accepter l’inacceptable. Mais je peux modifier mon regard sur ce que j’accepte ou non.

Alors, cette phrase, si tu choisis de travailler ce point ne sera peut-être pas la même pour toi. Je t’offre un mini-atelier d’art-journal pour te poser les bonnes questions.

  1. Installe-toi avec ton art-journal dans un environnement calme et serein, ta zone de confort.
  2. Ouvre ton art-journal et détends-toi. Prends quelques respirations, pose tes pieds à plat, détends les épaules.
  3. Réalise un collage sur le thème de l’acceptation. Laisse venir à toi. Colle, colle, colle, entre dans la transe créative et laisse aller tes mains.
  4. Quand tu as fini, date ta création.
  5. Regarde ce que tu as créé. Pose un titre.
  6. Passe par l’écriture pour analyser ce que tu ressens et pose-toi ces questions en y répondant par écrit : qu’est-ce que j’accepte véritablement dans ma situation personnelle ? Qu’est-ce qui est en mon POUVOIR d’accepter et que je fais le choix d’accepter ? À quoi je dis oui ?
  7. Laisse infuser cette sensation de puissance créative en toi. Refais cet exercice.

Je suis Cassandre, ergothérapeute en santé mentale. Je t’accompagne dans mes ateliers en individuel ou en groupal. Les séances doivent être prescrites par ton psychiatre ou ton médecin traitant qui donne ainsi le diagnostic et les premiers objectifs de soin. La première séance est un bilan de tes objectifs personnels, cela permet de comprendre tes attentes. En fonction de ce premier bilan, je te propose un plan d’intervention : séances individuelles, groupales, auto-soins sont mes moyens d’action pour t’aider dans ton cheminement de soin.

Prenons rendez-vous ensemble !